Interview · Cinéma

Alexandre Heboyan : dans les coulisses d’Astérix – Le Royaume de Nubie

Comment raconter une nouvelle histoire d’Astérix sans perdre ce qui fait l’identité de ces personnages depuis plus de soixante ans ? Avec Astérix – Le Royaume de Nubie, le réalisateur Alexandre Heboyan relève un défi supplémentaire : transformer les habitants du village en enfants, tout en conservant leurs caractères bien trempés. Pour Maison Double H, il revient sur la fabrication du film, ses influences et cette double lecture pensée pour réunir les enfants et leurs parents.

Il y a les héros que l’on découvre enfant et que l’on retrouve, quelques années plus tard, avec ses propres enfants. Astérix et Obélix font partie de ceux-là. Leurs aventures se transmettent entre les générations, avec le même mélange d’humour, d’amitié et de dépaysement.

Lorsqu’Alexandre Heboyan accepte de mettre en scène leur nouvelle aventure, le réalisateur connaît donc la responsabilité qui l’attend : faire entrer les deux Gaulois dans un univers encore inexploré, sans les éloigner de ce que les lecteurs aiment chez eux.

Une potion qui transforme le village

Dans Astérix – Le Royaume de Nubie, la potion magique provoque un bouleversement inattendu. Un élixir de jouvence y est versé accidentellement, transformant les habitants du village en enfants.

Pour trouver l’antidote, Astérix et Obélix doivent entreprendre un long voyage jusqu’au royaume de Nubie. Une destination encore jamais explorée dans leurs aventures, qui offre au film un nouveau terrain de jeu, aussi bien visuel que narratif.

Imaginée par Matthieu Delaporte et Alexandre de La Patellière, cette histoire originale modifie l’apparence des personnages sans effacer ce qui les définit. Derrière leurs visages d’enfants, les habitants du village conservent leurs habitudes, leurs défauts et leurs personnalités.

C’est précisément dans ce décalage que le film trouve une partie de sa comédie.

Astérix et ses compagnons découvrent le palais du Royaume de Nubie
Crédit photo : © 2025 M6 Studio / M6 Films / Les Éditions Albert René / Goscinny-Uderzo — SND

Des albums de son enfance au grand écran

Avant de mettre en scène Astérix et Obélix, Alexandre Heboyan a d’abord été l’un de leurs lecteurs.

Les albums étaient présents chez lui et les personnages ont accompagné son enfance. Des années plus tard, lorsqu’on lui propose de réaliser cette nouvelle aventure, il se souvient avoir eu « des étoiles dans les yeux ».

Son parcours l’a préparé à ce projet. Il a travaillé aux côtés de Michel Ocelot sur Azur et Asmar, rejoint les studios DreamWorks, puis coréalisé Mune, le gardien de la lune. Des expériences très différentes qui lui ont permis de construire sa propre manière de raconter des histoires.

Avec Astérix – Le Royaume de Nubie, ces influences se rejoignent autour de deux éléments qu’il considère comme indissociables de l’œuvre de René Goscinny et Albert Uderzo : la comédie et l’aventure.

« La comédie est absolument essentielle dans l’univers d’Astérix »

D’Azur et Asmar à DreamWorks, puis à Mune, le gardien de la lune, qu’avez-vous appris que vous souhaitiez mettre au service d’Astérix ?

Alexandre Heboyan : Sur Azur et Asmar, j’ai eu la chance de travailler avec Michel Ocelot, qui m’a énormément appris sur la mise en scène, mais aussi sur une certaine idée du cinéma d’auteur. Il y avait chez lui une identité très forte, quelque chose de très français dans sa manière de faire du cinéma, qui m’a beaucoup inspiré.

Juste après, je suis parti quelques années chez DreamWorks, donc presque à l’opposé.

Là, j’ai été entouré d’artistes extraordinaires et j’ai découvert des films qui excellent dans le timing, la comédie et la profusion de gags. Il y avait aussi cette culture du brainstorming permanent : on cherche, on teste les idées, jusqu’à trouver la plus juste.

J’ai ensuite essayé de mettre tout cela dans Mune, qui était mon premier film comme réalisateur. Aujourd’hui, assez naturellement, toutes ces expériences se retrouvent dans Astérix : le goût du cinéma, le divertissement et surtout la comédie, qui est absolument essentielle dans cet univers.

Faire évoluer les personnages sans les trahir

Dans cette histoire originale, qu’est-ce qui vous semblait intouchable dans l’univers d’Astérix ? Et quelle liberté vous êtes-vous accordée ?

Alexandre Heboyan : Ce qui est intouchable, c’est avant tout l’esprit de l’œuvre de Goscinny et Uderzo. Il y a ce mélange très particulier de comédie et d’aventure. Astérix et Obélix ont également des personnalités tellement précises que l’on ne peut pas simplement les prendre et les faire agir comme des personnages que l’on aurait inventés soi-même.

En revanche, je me suis senti très libre dans la manière de faire vivre cette nouvelle aventure. Le scénario nous emmène en Nubie, dans un royaume que l’on n’avait encore jamais découvert dans Astérix. Cela ouvrait énormément de portes, visuellement, mais aussi dans l’action, le rythme et l’émotion. C’était vraiment l’occasion de faire un grand film de cinéma.

Astérix, Obélix et leurs compagnons dans une scène du Royaume de Nubie
Crédit photo : © 2025 M6 Studio / M6 Films / Les Éditions Albert René / Goscinny-Uderzo — SND

Poser un regard neuf sur le village

Transformer les habitants du village en enfants était-il aussi une manière d’offrir aux plus jeunes une nouvelle porte d’entrée dans l’univers d’Astérix ?

Alexandre Heboyan : Ce n’était pas forcément pensé comme cela au départ. Mais il y avait clairement l’envie de porter un regard neuf sur ces personnages.

Le fait de les transformer en enfants change complètement leur statut. Cela renverse beaucoup de choses, alors qu’au fond, leurs personnalités restent les mêmes. On les reconnaît immédiatement.

Ce sont toujours Astérix, Obélix et les habitants du village, mais on les découvre tout à coup sous un angle que l’on n’avait encore jamais vu. Cela apporte naturellement beaucoup de fraîcheur.

Construire plusieurs niveaux de lecture

Astérix doit pouvoir faire rire un enfant de six ans et ses parents, parfois pour des raisons différentes. Comment avez-vous construit cette double lecture sans que l’un des deux publics se sente oublié ?

Alexandre Heboyan : Cela commence vraiment par le travail des scénaristes, qui ont cette capacité à créer plusieurs niveaux de lecture dans l’écriture.

Ensuite, au moment du storyboard et dans la mise en scène, j’ajoute moi aussi beaucoup de choses : des gags visuels, de petits détails et parfois des références à des films qui parleront davantage aux adultes ou aux personnes de ma génération.

Au fond, c’est l’accumulation de toutes ces propositions qui permet au film de fonctionner à plusieurs niveaux. Un enfant ne va pas forcément rire au même moment que ses parents, et ce n’est pas grave. L’idée, c’est que chacun puisse y trouver son plaisir.

Faire entrer les enfants dans un grand univers de cinéma

Qu’aimeriez-vous faire ressentir aux enfants qui découvrent Astérix et aux parents qui ont grandi avec lui ?

Alexandre Heboyan : J’ai surtout envie qu’un enfant qui découvre Astérix pour la première fois en prenne plein les yeux, qu’il ait le sentiment d’entrer dans un grand univers de comédie et de cinéma.

Nous avons vraiment conçu le film comme un grand voyage, avec l’envie de montrer tout ce qui fait que l’on aime Astérix et Obélix : leur humour, leur énergie, mais aussi, et peut-être surtout, leur relation.

Pour les parents qui ont grandi avec eux, j’espère qu’il y aura ce plaisir très simple de retrouver des personnages qu’ils connaissent depuis toujours, tout en les voyant embarqués dans quelque chose de complètement nouveau.

Astérix et Obélix à bord d’un bateau dans Le Royaume de Nubie
Crédit photo : © 2025 M6 Studio / M6 Films / Les Éditions Albert René / Goscinny-Uderzo — SND

Transmettre Astérix à une nouvelle génération

Au-delà de la transformation des personnages et du voyage en Nubie, cette rencontre raconte la manière dont une œuvre populaire continue de vivre et de se transmettre.

Alexandre Heboyan ne cherche pas à choisir entre la nostalgie des parents et l’émerveillement des enfants. Il travaille précisément à l’endroit où les deux peuvent se rencontrer. Les plus jeunes découvrent un univers de comédie et d’aventure, tandis que les adultes retrouvent des personnages qui ont parfois accompagné leur propre enfance.

Une transmission qui résume parfaitement ce que le cinéma familial peut offrir de plus précieux : une histoire partagée, vécue ensemble, mais reçue différemment par chacun.

Propos recueillis par Maison Double H.

Informations pratiques

Film
Astérix – Le Royaume de Nubie
Réalisation
Alexandre Heboyan
Scénario
Matthieu Delaporte et Alexandre de La Patellière
Sortie au cinéma
Le 2 décembre 2026

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