Interview · Le Salon
Benjamin Chaud : l’univers tendre et vivant de Pompon Ours
Avril 2026
L’auteur et illustrateur Benjamin Chaud raconte la naissance de Pompon Ours, le plaisir de lire ensemble et son regard de parent.

L’univers tendre et vivant de Pompon Ours
Il y a des personnages qui parlent immédiatement aux enfants, et d’autres qui touchent aussi, très discrètement, les parents. Pompon Ours fait partie de ceux-là. Depuis ses premiers albums, l’univers imaginé par Benjamin Chaud séduit par sa douceur, sa liberté, son sens du détail et cette manière très juste de raconter l’enfance sans la simplifier.
Chez lui, le quotidien ne reste jamais tout à fait ordinaire. Une promenade, une inquiétude, une émotion, un petit décalage deviennent le point de départ d’un monde à explorer.
C’est sans doute ce qui rend Pompon Ours si attachant : derrière la tendresse et l’humour, on sent toujours quelque chose de profondément vécu.
Auteur et illustrateur reconnu, Benjamin Chaud construit depuis plusieurs années une œuvre qui laisse une vraie place à l’imaginaire, à l’observation et à la lecture partagée. Dans Pompon Ours, les enfants entrent par les images, les détails, les petits chemins de traverse. Les parents, eux, y retrouvent aussi leurs inquiétudes, leurs tâtonnements, leur joie de voir grandir un enfant sans toujours savoir comment faire.
À travers cet univers, Benjamin Chaud parle à la fois de l’enfance et de la parentalité, sans jamais tomber dans la leçon. Tout y est plus souple, plus vivant, plus ouvert. C’est précisément ce qui fait le charme de Pompon Ours : une série tendre, drôle, sensible, qui donne envie de ralentir un peu, de regarder mieux, et de suivre les enfants là où ils nous emmènent.
L’univers de Pompon Ours ne s’est d’ailleurs pas arrêté aux albums. Son passage à l’audiovisuel a permis de prolonger cette douceur, ce sens du détail et cette attention portée aux émotions dans un autre langage, celui de l’image animée.
C’est aussi ce qui rend ce personnage particulièrement intéressant aujourd’hui : il circule entre le livre et l’écran sans perdre ce qui fait sa force, à savoir une manière très fine de raconter l’enfance, le lien parent-enfant et la découverte du monde.
L’interview
Quand vous dessinez Pompon Ours, cherchez-vous d’abord à raconter une histoire ou à créer un monde dans lequel l’enfant a envie d’entrer ?
Benjamin Chaud : Un peu des deux, mais c’est vrai que je commence toujours par une image qui évoque une émotion que j’ai envie de développer. Ensuite, je cherche vers où cela m’entraîne, et petit à petit l’histoire se construit à partir de ce point. C’est souvent après un long moment que je comprends de quoi l’histoire parle, comment elle peut commencer et se terminer.
J’ai commencé à dessiner Pompon Ours quand je suis devenu papa, et je voulais partager ma terreur absolue d’être responsable d’un petit être si fragile et doté d’une volonté propre, dans un monde où je voyais soudain tous les dangers beaucoup plus précisément. Et, comme le papa ours dans le livre, j’ai suivi Pompon à travers la forêt et la ville sans vraiment savoir où il allait m’entraîner.
Comment faites-vous pour transformer de petits moments du quotidien en vraies aventures ?
Benjamin Chaud : J’ai l’impression que je suis plus honnête si je parle de ce que je connais, de mon quotidien. J’observe, je suis papa de deux garçons, et j’essaie de partager mes inquiétudes, mes questionnements. J’essaie de toujours partir d’une émotion que j’ai ressentie, d’une tristesse, d’un énervement, d’une honte… C’est très autobiographique sans en avoir l’air.
Je crois que je fais ça avant tout pour me rassurer, et tant mieux si cela peut aussi rassurer d’autres lecteurs.
Vos images sont très riches en détails. Est-ce une manière de donner envie aux enfants de regarder plus longtemps et de découvrir autre chose à chaque fois ?
Benjamin Chaud : Au début, je ne pensais pas du tout être capable de faire des images avec autant de détails, et surtout de pouvoir continuer sur tout un album — encore moins d’en faire une série — car cela représente beaucoup de travail. Et puis j’y ai pris goût. Un peu comme les enfants qui sont capables de rentrer dans leur dessin, j’ai trouvé un réel plaisir à décider de tous ces détails, de toutes ces petites situations, de ces clins d’œil, de ces endroits où se perdre, se blottir, de ces endroits dans lesquels j’ai envie de passer du temps et d’y inviter les lecteurs.
Je me suis rendu compte que les enfants pouvaient passer un temps fou à se perdre dans les images. Ils savent lire le dessin avant de savoir lire le texte, et ils le font avec une vraie soif de déchiffrage. Comme le dessin est une forme d’expression plus ouverte que l’écriture, chacun peut bien sûr s’imaginer plein de petites histoires parallèles. Je suis content d’être le tremplin de toutes ces rêveries.
Qu’est-ce qui fait, selon vous, que Pompon Ours touche aussi les parents ?
Benjamin Chaud : Sûrement parce que je suis un parent moi aussi. Même si j’essaie de ne pas oublier ce que c’est qu’être un enfant — ce sentiment d’injustice à toujours devoir obéir sans jamais que notre avis compte, par exemple — je parle dans cette série de ce que c’est que d’être un papa, avec mes craintes, mes insuffisances, mes bricolages, cette impression de ne jamais vraiment savoir et de devoir bien faire quand même…
Et ce qui me plaît avant tout dans les albums, c’est le bonheur de la lecture partagée. C’est important pour moi que le parent lecteur prenne du plaisir à lire mes histoires pour transmettre ce plaisir à l’enfant. C’est comme ça, je crois, qu’on apprend l’envie de lire.
Pompon Ours est très doux, très tendre, mais jamais mièvre. Est-ce un équilibre que vous cherchez consciemment ?
Benjamin Chaud : Oui, sûrement. Je passe beaucoup de temps à chercher l’équilibre dans l’histoire. J’essaie avant tout de ne pas être manichéen, de ne pas donner de leçon, de ne pas chercher une fin où le héros arrive à triompher d’un problème grâce à sa persévérance et à sa force. J’essaie que la résolution arrive par accident, grâce à une rencontre ou parce qu’on est ouvert à d’autres solutions qu’on n’imaginait pas. Et si cela peut faire rigoler et retourner les rapports de force, c’est encore mieux.
Qu’aimeriez-vous que les familles gardent en elles après avoir regardé ou lu Pompon Ours ?
Benjamin Chaud : Du plaisir avant tout, des rires, de la curiosité pour le monde, la nature, les balades en forêt, prendre son temps et observer les détails.
Et se rendre compte que ce n’est pas forcément à l’adulte d’ouvrir le monde aux enfants, mais que ce sont aussi les enfants qui ouvrent tout un monde inconnu à leurs parents. Qu’il suffit juste de les suivre et que ça va aller.
En images







Pour aller plus loin
Article issu de Magazine Printemps 2026, pages 63 à 65. Les informations pratiques sont à confirmer auprès des établissements avant une visite.
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